Le monde de l’édition 2 – Droit de réponse d’un éditeur à compte d’auteur

 

Droit de réponse :

Suite à mon article sur les différents modes d’édition, Stéphane, éditeur à compte d’auteur me répond (et il a bien raison le bougre).

Je lui laisse la parole sans répondre à sa réponse, car je trouve que sa logique se défend, même si nos points de vue divergent.

 

—–

Je me permets de te donner mon point de vue sur le sujet.

D’abord, l’édition à compte d’éditeur.

L’édition à compte d’éditeur peut être considérée comme un Graal… ou pas. Tout dépend des objectifs de l’auteur, des termes du contrat, ainsi que de la qualité, du sérieux et de l’honnêteté de l’éditeur.

En général, les contrats prévoient que l’auteur reçoit 8% du prix de vente, mais:
– l’éditeur ne comptabilise pas un certain nombre d’exemplaires, abîmés, perdus, donnés, envoyés aux médias, etc. (sans aucun justificatif, bien sûr),
– il faut attendre un an après la sortie du livre pour que les comptes soient faits, et encore plusieurs mois avant que les droits soient payés (soit au moins deux ans après la signature du contrat),
– le pourcentage des droits d’auteur est parfois inférieur à 8%, notamment quand le livre comprend des illustrations, tableaux, cartes et ou autres éléments graphiques, mais aussi tout simplement parce que l’éditeur le décide… (en tant qu’auteur de guides et autres livres pratiques, mon pourcentage n’a jamais dépassé 5%, je crois),
– si l’éditeur ne fait pas le travail de promotion, les ventes seront faibles, voire minables (là aussi, cas vécu personnellement),
– en signant un contrat d’édition (à compte d’éditeur), l’auteur perd le contrôle de la commercialisation de son œuvre, ce qui signifie qu’il n’a quasiment aucun moyen de changer d’éditeur, même si celui-ci ne fait pas bien son travail, et qu’il n’a pas son mot à dire sur les traductions et autres utilisations annexes. Dans certains cas, l’éditeur impose un changement de titre, des modifications drastiques du contenu et ne consulte pas l’auteur pour la couverture.

Alors, dans ces conditions (souvent médiocres, parfois franchement mauvaises, surtout pour des débutants), pourquoi l’édition à compte d’éditeur a-t-elle si bonne réputation? Probablement parce qu’elle implique une sélection sévère des manuscrits et que le seul fait d’être sélectionné par un éditeur constitue déjà un succès en soi. C’est tout à fait compréhensible, puisque seule une poignée de manuscrits non sollicités sont acceptés par les éditeurs français chaque année, alors que certains éditeurs reçoivent des milliers de manuscrits. Être un des heureux élus est extrêmement valorisant. Je mets quand même un bémol: la sélection d’un manuscrit par une maison d’édition, qui est avant tout une entreprise, repose essentiellement sur des considérations commerciales. Un bon manuscrit sans perspectives de vente suffisantes sera probablement rejeté par la plupart des éditeurs, alors qu’une daube prédigérée flattant le lecteur (ou la lectrice) dans le sens de ses habitudes aura toutes les chances d’être publiée. Pas la peine de donner des exemples, ça ne manque pas.

Passons à l’édition à compte d’auteur.

Certains éditeurs à compte d’auteur créent et entretiennent une confusion dans l’esprit des auteurs en leur faisant miroiter des succès critiques et commerciaux. Que cela soit clair: un manuscrit refusé par tous les éditeurs a extrêmement peu de chances de se vendre à plus de quelques centaines d’exemplaires. Laisser croire le contraire, d’une manière ou d’une autre, est malhonnête.

Comme je te l’avais dit en commentaire d’un de tes précédents posts, je ne suis pas représentatif de cette catégorie, car je suis spécialisé dans le court tirage (moins de 500 exemplaires) et cela change tout. Pour la majorité des auteurs qui font appel à mes services (sinon tous…), le succès commercial n’est pas le premier objectif. Ils ont souvent passé plusieurs mois, voire plusieurs années, à écrire leur texte, et la concrétisation de tant d’efforts et d’implication personnelle sous la forme d’un livre est le plus important pour eux.

Est-ce que je sélectionne les manuscrits que je reçois? Plus ou moins. D’une manière générale, je refuse les textes qui vont à l’encontre de mes valeurs (racisme, apologie de la violence, de la haine, homophobie, sexisme, etc.) et ceux qui contreviennent à la loi (diffamation, etc.). Ils sont rares. D’autres sont évidemment impubliables parce qu’ils ne respectent pas les critères minimaux de l’expression écrite. Dans d’autres cas, les manuscrits sont médiocres sur un plan littéraire mais cela ne m’empêche pas de les accepter. Pourquoi? Parce que ce n’est pas mon rôle de distribuer des bonnes et des mauvaises notes. Un éditeur à compte d’auteur n’est pas un critique ni un conseiller littéraire, c’est un prestataire de services. Si un auteur le désire, je peux travailler avec lui pour améliorer la qualité de son texte, mais la plupart ne sont pas intéressés.

J’ajoute que pour certains de mes auteurs, le processus d’écriture et d’édition a eu un effet quasi thérapeutique. J’ai publié des témoignages de guerre, des récits d’expériences douloureuses, des souvenirs d’enfance d’une nonagénaire, etc. Pour certains, le fait même de réussir un projet d’une telle ampleur est extrêmement important. Un de mes auteurs fréquente un centre d’ex-psychiatrisés. Le jour où il leur a montré son recueil de poésie fraîchement publié a été inoubliable pour lui. Les infirmiers, les médecins et les autres patients le voient désormais comme un poète, comme un artiste. Ses poèmes sont franchement mauvais mais je ne regrette pas une seconde d’avoir fait ce livre.

Parlons maintenant d’argent. Tu dis trouver inacceptable de payer 3000 euros pour faire un livre*. Pourquoi? Parce que si tu le fais toi-même, cela te coûtera 1000 euros? Mais c’est la même chose si tu veux changer les fenêtres de ta maison, par exemple. Tu peux t’adresser à un fabricant de fenêtres, lui commander les châssis et les vitres, te les faire livrer et les monter toi-même. Si tu es un professionnel ou un très bon bricoleur, tu sauras comment faire et ta fenêtre sera peut-être assez bien posée pour un coût modique. Sinon, ce sera la catastrophe. Moi qui ne suis pas bon bricoleur, je fais appel à un artisan pour changer mes fenêtres en sachant que je paie son temps, ses compétences, son expérience, ses conseils. C’est exactement pareil pour réaliser un livre. La correction linguistique est un métier. Le design graphique est un métier. L’édition est un métier.

Je m’arrête ici pour aujourd’hui mais n’hésite pas à me contredire et à donner ton point de vue d’auteur. Je trouve cela très intéressant.

Cordialement,

Stéphane

* Chez moi, le coût varie en général entre 1500 et 4000 euros, selon la qualité du texte à corriger, le nombre de pages et d’exemplaires, et la présence ou non d’illustrations.

 

 

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Une réponse à “Le monde de l’édition 2 – Droit de réponse d’un éditeur à compte d’auteur

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