Chap. 17 – Lancement d’un produit (2ème partie)

Le produit (le bouquin en l’espèce) suit la désormais illustre courbe dite « cycle de vie ».

Passons brièvement sur la partie conception : un travail acharné (Oula, Jean-Fabien, t’as quand même écrit 20 mots ! Bon ok, ils sont pas dans le bon ordre, mais c’est un début), plusieurs décennies de labeur (sans l’argent mais quelques fois avec ma crémière), des heures de souffrance atroce (vous vous êtes déjà réveillé après vous être endormi sur votre clavier avec Ytreza au milieu du front ?), de doute (ce que j’ai écrit, c’est mauvais ou très mauvais ?).

L’ingratitude d’une vie où cent fois sur le métier tu remets l’ouvrage (façon de parler, parce qu’en ce qui me concerne, l’ouvrage je le cherche toujours un peu).

La solitude de l’artiste témoin de son époque, l’incompréhension des contemporains (rappelez-vous chers amis qu’un génie se reconnaît à ce que les imbéciles sont tous ligués contre lui (bon ok, moi je ligue aussi les pas imbéciles, mais vous remarquerez que l’assertion n’est pas exclusive)), la désapprobation de la famille qui rêvait d’un rejeton avec un vrai métier (médecin ou, au pire, trader (j’ai fini très dur, j’y étais presque)).

Tout ça je l’ai enduré, mais c’est fait (I did it my way, version Pistolets du sexe).

Arrive le lancement. Bon là, c’est un peu le drame façon crash Rio-Paris : pas beaucoup de ventes, donc de Cash, mais un taux de croissance élevé (et qui retombe assez vite, c’est là qu’on se rapproche d’Airbus (et aucune sonde Pitot sur le dos de laquelle on peut tout foutre, quelle lose)).

Ben oui, quand tu passes de un à trois exemplaires, tu fais vite du 300%. Alors imagine si tu taquines le 15 exemplaires, tu peux prétendre au business case de chez Harvard. A ce stade, et surtout pour les produits innovants (dois-je vous rappeler que ce livre est un OVNI de la littérature, sans doute né trop tôt dans un monde trop jeune…), seuls les innovateurs sont tentés.

Et là surprise, j’ai les noms, ceux qui ont signés avant même d’avoir vu le produit (ô joie des éditeurs qui financent la sortie d’un livre par les précommandes).

Hé ben, croyez-le ou non, ce sont pas du tout les artistes néo quelque chose, pas non plus mes technophiles, ni même les branchés de la capitale qui roulent en demi-voiture intelligentes.

Les intellectuels et leaders d’opinion ? Non plus (tu te rapproches pas en plus).

Non non, les innovateurs (d’après la théorie –  Everett Rogers 1962) sont mon père, ma mère, ma tante Aghate et ma collègue de bureau (celle qui est moche et qui espère depuis 3 ans que je lui adresse la parole (ça va pas changer, mais au moins elle aura ma signature)).

C’est drôle, j’aurais pas pensé à ceux-là pour faire faire un saut quantique à notre culture, mais force est de constater, listing des ventes à l’appui, que ce sont eux les précurseurs.

Arrive la phase de croissance : là facile, tu surfes sur la vague, tes marges sont élevées, les profits aussi. C’est la période des ruptures de stock, des attentes interminables pour obtenir le produit (je dis ça pour vous, n’attendez pas).

Tu fais des économies d’échelle (oui quand tu vas voir un libraire, il t’achète plusieurs bouquins d’un seul coup). Là tu passes en format poche, t’es distribué chez Amazon et la Fnac t’invite en Guest Star (où un mec lit tes bouquins en faisant des gestes de rital à un stand de merguez, alors que toi t’écoutes tranquille). Dans les salons on ne parle que de ton livre, tout le monde t’adore ou te déteste (les femmes, elles, s’en foutent, elles veulent juste être vues à côté de toi en espérant finir dans Gala ou Public).

Mais bon toute bonne chose a une fin : nous voici rendus à la phase dite de maturité ! Ton produit ronronne. T’as bouffé tout le marché, éliminé tes concurrents. Tu sais que ta fin est proche si tu ne réagis pas. Alors tu bombardes de pub (des affiches géantes dans le métro juste à côté de la dernière comédie musicale à la mode, un spot sur TF1 pendant la formule 1 (c’est pratique, ça revient toutes les cinq minutes) et une pleine page dans le Figaro-Culture), et/ou tu lances des produits dérivés. Un film, bien évidemment, mais aussi des tee-shirts, un jeu vidéo (Les Sims version drague), une pièce de théâtre, une comédie musicale, une activité de coaching (oui JF a des choses à enseigner), des interviews tous azimuts et bien sûr une édition collector ou la sélection du mois chez France loisir (si avec ça, on n’éclate pas les scores et on finit pas dans le Top50 avec le Marc Toesca du bouquin, c’est à désespérer).

Puis le déclin, façon crash : tout le monde a lu ton livre, vu ton film (version Director’s Cut), jouer à JF sur PS3 (version unrated), on t’a offert à Noël et aux anniversaires. Bref le marché est saturé. Ou bien tu as pondu un chef d’œuvre à l’instar des Misérables, de Guerre et Paix (en plus court) ou de Madame Bovary et tu flippes à l’idée que tes arrières petits-enfants t’étudieront à l’école avec un professeur qui leur expliquera ce que « l’auteur a voulu dire », vantant à la fois le fond (quelle vision révolutionnaire de la vie, de la société, des femmes, des hommes, des multinationales, des Citroën Picasso, …) que la forme (quelle liberté dans le style, dans l’orthographe). Plus probablement, il te faudra écrire un autre livre, un peu le même pour ne pas dérouter ton lecteur (cf. la puissance des marques) et un peu différent (pour ne pas le lasser).

Allez, je vous laisse, je vais écrire mon deuxième livre, des fois que je saute à la phase déclin sans passer par la case départ ni même recevoir 20.000 francs.

Remarque du moment que je finis pas en prison (euh… rassure-moi, c’est pas répréhensible de raconter les histoires de cul du boulot ?).

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