Le Journal d’un écrivain sans succès – 1ères pages

Mon charmant paillasson m’a laissé ce matin un message sous forme de lettre. Pas le genre de lettre désagréable et qui impose l’envoi d’un chèque libellé à l’ordre d’un voleur quelconque (mais doté de jolis logos et d’une valeur en bourse). Pas du tout. Une lettre, c’est tout. Bien cachetée. Avec un tampon clairement imprimé. Le tampon d’une maison d’éditions que l’on m’a recommandée chaudement. En période hivernale, c’est le genre de détails qui compte.

La première fois que j’ai reçu ce type de lettre, j’avoue avoir frôlé la crise cardiaque. Je pense qu’il doit y avoir un terme technique plus approprié et qui sied plus à la tempête qui s’est déclenchée alors dans ma boîte crânienne. Cependant, la paresse et la distance qui me sépare de Wikipedia sont deux freins majeurs à l’amélioration de ma compétence sémantique à l’instant où je vous parle (je rappelle que je suis devant mon paillasson qui, comme beaucoup de ses confrères, a une fâcheuse tendance à crécher devant la porte d’entrée).

Il est vrai qu’aujourd’hui, après les quelques dizaines de lettres du même acabit qui ont atterri à la frontière de mon appartement sous un peu de paille tressée (seul le tampon change), j’ouvre ces lettres avec l’euphorie d’un fumeur allant à une échographie des poumons.

Celle-ci ne fait pas exception, et fait donc honneur à la race des lettres de refus. Je m’y attendais. Un peu comme le touriste breton attend l’averse. Si le livre leur avait plu, ils auraient au moins pris le téléphone, afin de partager la joie indescriptible qu’ils ont eu à lire mon fabuleux roman. Nous nous serions alors tous mis à pleurer de grosses et chaudes larmes de crocodile tout en conversant sur notre avenir littéraire commun.

Au moins, c’est une lettre manuscrite (une panne d’ordinateur peut-être), ce n’est pas une lettre standard. J’ai en horreur cette forme de fainéantise qui transforme des professionnels de l’écriture en simple messager de mauvaises nouvelles formatées.

Le fait qu’un éditeur (ou sa secrétaire) ait pris sa plume m’interpelle. Ce n’est pas rien tout de même. Enfin, disons que c’est nouveau.

Peut-être veut-il m’indiquer ce qui cloche dans mes écrits ?

L’idée que mon incompétence littéraire puisse se noyer dans les caractères de la lettre que j’ai devant mes yeux embués d’espoir me retourne.
Une goutte suée et gorgée d’optimisme creuse un sillon de sels minéraux le long de ma tempe tendue par le  stress.

Mon cœur palpite au rythme d’un futur meilleur, mes doigts moites agrippent la lettre pour éviter que ma tension ne rende l’exercice de lecture trop approximatif.

L’espoir renaît, l’espoir d’au moins savoir ce qui ne va pas dans mes tentatives de bouquins. L’espoir de pouvoir avoir un levier quelconque sur ma nullité artistique.

L’idée saugrenue d’une rémission possible de mon indigence stylistique, le rêve d’une amélioration, m’effleurent, je l’avoue sans honte.

 »Cher Jean-Fabien,

Merci de la confiance que vous nous avez témoignée en nous confiant votre manuscrit.

A vous de nous faire confiance désormais en nous lisant.

Si je prends ma plume, c’est que l’encre de mon stylo coûte moins cher que celle de l’imprimante et que nous sommes en période de rationalisation de nos coûts.

Je vous en conjure donc : croyez-moi si je vous dis que vous êtes à la littérature ce que le hachis parmentier Findus est à la grande cuisine.

Je vous avoue cependant ne pas avoir osé mettre votre  »œuvre » dans le micro onde, même si cela est sans doute plus sa place que sur une étagère de bibliothèque.

 

Bien à vous, et sans rancune.

 

Alphonse V. »

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17 réponses à “Le Journal d’un écrivain sans succès – 1ères pages

  1. J’adore !
    Définitivement… Quoique les choses ne sont jamais définitives avec moi… Mais j’adore ton style. Et rire c’est bon pour le coeur, la tête et tout le reste !
    à te lire grand poilu !

  2. mdrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr !!! enfin non je pleure des larmes de crocodiles de chagrin histoire de me montrer solidaire mais tout de même lolllll 😀

  3. bin non voilà c’est dit : je trépigne de jalousie ! pire ! je viens de me rouler par terre ! t’es content? oui j’le sais que t’es content ! à t’en arracher les poils du torse ! grand sauvage ! lol

  4. Je suis en train de lire un roman (tchèque) pas mal du tout et un chapitre m’a fait penser tout de suite à toi et, peut-être !, à tes interrogations face à l’écriture. Je te livre ces quelques phrases :
    « il y a lieu de rappeler, particulièrement aux jeunes lecteurs, qu’à l’époque ou Dyck écrivait son premier roman, les écrivains étaient livrés à eux-mêmes. Aucun manuel, pas un seul atelier d’écriture créative, pas le moindre ‘Devenez écrivain en trois mois’, leçon numéro un, choisissez un sujet adapté, leçon numéro deux, recherchez dans un dictionnaire des adjectifs peu usités, leçon numéro trois, n’ayez pas peur des métaphores, leçon numéro quatre, soyez pittoresque et suggestif, leçon numéro cinq, le regard de l’auteur sur les passages épiques éclaire mieux la psychologie des personnages que le plus réussi des dialogues. ….. Mais il ne jeta pas l’éponge, chaque tentative manquée était suivie d’une nouvelle et au bout d’an an et demi le roman était prêt. … Dyk écrivit son livre …. mais pendant longtemps il hésita à le proposer à la publication. Seul le fait d’avoir mentionné son activité d’écrivain auprès des collègues qu’il comptait culbuter l’avait fait fléchir. Au bout de trois mois il reçut une lettre de la maison d’édition dans laquelle le rédacteur lui communiquait quelques corrections indispensables. ».
    Désolée de polluer ton blog avec cet extrait mais le livre me plait tellement que je n’ai pas résité à te faire part de mes lectures, aussi. Et je vois, en lisant tes premiers chapitres, que tu as su te passer d’un atelier d’écriture. Au moins, si on n’aime pas cela te reviendra en totalité ! Mais bon, c’est assez bon je dois l’avouer.

    • merci 🙂 intéressant… Alors, déjà : n’hésite pas à polluer mon blog 🙂 Ensuite, la question que je me pose aujourd’hui, c’est comment faisait les écrivains avant l’ordinateur ? Moi, j’adore copier/coller, faire des bricolages, des bidules. L’autre jour, je regardais « Misery » à la télé, et voir cet écrivain prisonnier qui écrit sur des feuilles blanches qui finissent brûlées à la fin, ça m’a angoissé à un point, t’imagines même pas !! (pardon, j’ai raconté la fin du film). Je vais pas tarder à mettre un lien avec toutes les lettres de refus que j’ai reçues sinon, il y en a des cocasses 🙂

  5. Bon, je viens ENFIN d’acheter ton livre au format eBook … mais mon achat est toujours en statut En cours de traitement … impossible de le télécharger … #frustration !!

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