Interview de Régine Salvat, auteure de « Une histoire à tenir debout » (JC Lattès)

Certaines interviews paraissent plus compliquées.

On le sent. On l’anticipe. Un peu comme on attend le mal de crâne un lendemain de cuite (avec appréhension et beaucoup d’eau).

 

Non pas à cause de la nature de l’invitée (charmante et talentueuse en l’occurrence, et j’imagine parfaitement sobre), mais parce que l’interview ne sert pas nécessairement la cause.

 

Quelle est cette cause me direz-vous, bande de petites curieuses ? (je m’adresse aux femmes, les hommes sont rarement curieux, non pas parce qu’ils savent, mais par manque d’imagination).

 

Petit rappel historique pour les nouveaux (et particulièrement les nouvelles).

 

Ce blog est le blog d’un écrivain raté qui n’arrive pas à être édité (j’ai nommé : moi, le primate), sans aucun lien particulier de cause à effet d’ailleurs entre mon ratage et ma non-édition. Je suis la poule qui fait cot-cot, et l’œuf qui fait l’omelette. Et y’en a pas une pour pondre l’autre si vous voyez ce que je veux dire.

Je suis le début de l’histoire pleine de promesses et la fin qui fait mal…

 

Je vois que tu es perdu(e). On le serait à moins.

 

Bref. Revenons à nos moutons et à nos moutonnes.

 

En interviewant Régine, je ne sers pas la cause, à savoir la recherche de rupture de ce cercle vicieux. Je ne cherche pas à comprendre comment entrer dans la forteresse du monde de l’édition.

 

Non. Je réagis juste à un coup de cœur en fait. J’ai adoré son bouquin, j’avais envie de lui poser des questions. Comme ça, sans arrière-pensée.

 

Disons que cela me rapproche de l’humain (moi, le primate).

 

Et l’humain n’est-il pas au centre de toute littérature ?

 

 

1) Hello Régine, tu as trois lignes pour te présenter (allez, quatre si tu es bavarde) !

Tu l’as dit plus haut : charmante, talentueuse et presque sobre ce soir. Curieuse de tout car de sexe féminin. Biologiste (pour résoudre le mystère « qui de l’œuf ou de la poule »). Ecrivain depuis l’âge de raison (la cinquantaine chez les femmes – cette différence avec les hommes où c’est l’âge du démon (un autre mystère à explorer)). Et très bavarde.

 

 

2) Etait-ce un rêve que tu avais de devenir écrivain ?

Oserai-je le dire ? Absolument pas ! Exploratrice, véto mais écrivain, non point. Je n’y ai pas même songé. Zola, Marcel Aimé, Simenon ou… sont des Ecrivains. J’avoue, c’est un rêve aujourd’hui. Avec ses phases paradoxales.

 

 

3) Bon, ce blog est un peu le repère des écrivains ratés, donc quand j’interviewe quelqu’un qui a réussi à être édité, une question classique est de connaître l’histoire qui t’a amené jusqu’à JC Lattès.

Un roman, cette histoire ! Une belle maison d’édition m’a contactée l’hiver 2008: un entrefilet dans le Parisien annonçait mon intention de publier. RV, intérêt pour mon manuscrit. Avec une demande expresse : ne pas contacter d’autres Maisons. J’ai promis, pas de contrat signé (« La confiance, nous fonctionnons ainsi en France »). Mars 2009, crise économique. Mon livre ne paraitra pas. Une directrice littéraire me recommande à la maison Grasset (je retravaille mon texte en parallèle). Verdict: récit hors-normes, ne correspond pas à notre « politique éditoriale » mais mérite d’être publié. ET recommandation à la maison JC Lattes. Séduite par ma plume bien que mon texte soit « hors-catégories ». Une belle histoire.

 

4) Est-ce difficile de proposer une littérature qui n’est pas vraiment « formatée » ?

A ton humble avis ? (rire) Etre « électron libre » complique le parcours. Aspect pratique ? (Comment la FNAC retrouverait-elle un livre hors-catégorie, dites-nous ?) Question de mode ? (époque Houellebecq et polars codés). Les « people » n’ont pas ce souci, c’est certain.

Proposer un livre qui touche à des tabous reste le formatage le plus risqué… JC Lattes a pris ce risque avec le mien.


 

5) Bien que j’adore les choses non formatées justement, j’avoue cependant avoir pris ton premier livre avec une pointe d’appréhension, je me demandais un peu à quoi m’attendre (biographie ? pamphlet ?), alors que c’est avant tout un magnifique roman, plein de vie. Comment le définirais-tu toi-même ?

Une histoire d’histoires universelles, inspirée des légendes et des contes. L’épopée de la vie d’un petit d’homme hors-normes (prénommé RémY avec un « i grec » – comme nombre d’entre nous, des héros qui s’ignorent) entouré des autres. Un hymne à la Vie aussi ? Fichue question que cette question !

 

 

6) Ce premier livre était très personnel, j’ai cru comprendre que tu travaillais sur un nouveau roman, comment as-tu basculé dans l’écriture « pérenne » après ce premier livre ?

Comme une accro des mots. Je ne m’en passe plus. Procurer du bonheur et le partager avec des lecteurs est dopant. J’aime, je prends plaisir. J’explore un univers infini, celui de l’imaginaire. Ça vaut tous les voyages.

 

 

7) Ton écriture est très « légère », alors que le thème abordé est assez grave. Comment travailles-tu ton style (je dis ça, mais tu as le droit de dire que c’est naturel et qu’il n’y a aucun travail derrière, que les mots sortent de toi comme les promesses sortent d’un candidat à l’élection présidentielle) ?

C’est du « Régine » spontané. Avec un secret véritable. Mais comme c’est un secret, je ne peux rien dire ? Sauf si tu insistes vraiment.

 

 

8) Quel est ton « moment » pour écrire ? Dans le métro ? Au fin fond de la campagne bercée par le meuh des vaches ? Sous la douche (pas simple là quand même) ?

N’importe quand et partout. Et si, même sous la douche. Je vois, j’entends, je sens et je ressens. Les gouttes d’eau sur la vitre de la douche. Les mots forment des bulles de pensées. Les bulles explosent sur le papier.

 

 

9) Quels sont les auteurs qui t’ont inspiré ?

Tous et aucun. Je dévore les bouquins depuis môme. Et ne retiens aucun titre et auteur. Une cata dans ce monde littéraire où il est bienséant de connaître les auteurs. Si, j’ai retenu Folcoche et un Petit Ecrivain. Mais ce sont des personnages…

 

 

10) Que cherches-tu quand tu lis un livre ?

Le plaisir de tourner chaque page en espérant que ce plaisir dure. La découverte et l’émotion. Garder vivants en moi des personnages inoubliables.



11) Quel lis-tu en ce moment (à part le blog de Jean-Fabien) ?

Cette semaine, un bouquin finnois « Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison » (Arto Paasilinna). Juste avant, « Retour à Killybegs » ( Sorj Chalandon).

 

 

12) Un classique sur ce blog : quelle est la question la plus con qu’on t’ait jamais posée en interview (les questions de celle-ci étant hors concours) ?

Aïe…Comme je ne dois répondre « celle-ci », je dirais « Suis-je heureuse d’être femme ? »

 

 

xx) Il n’y a pas de question 13, comme dans les avions ou les hôtels américains. Mais rien ne t’empêche d’y répondre. Es-tu superstitieuse ?

Scientifique pragmatique sans une once d’esprit superstitieux. Serais-tu voyant ? (ndJF : Non, je suis plutôt du côté voyeur). Ta question est un signe car mon prochain roman est truffé de superstitions. Dont la dékatriphobie. Tu connais ? (ndJF : Non, vite Wikipedia !)

 

 

14) Pour clore cette interview, je te propose de te poser la question que tu souhaites (et d’y répondre, ainsi tu ne pourras pas dire que je n’ai posé que des questions inintéressantes et bêtes) et de m’en poser une aussi (à laquelle je tenterai de répondre à mon tour (c’est génial, j’ai l’impression de jouer au Trivial Pursuit)) ?

 

Ta question posée à toi-même : Dans quelle galère me suis-je fourrée ?

Ta réponse : Dans celle que j’ai bien voulu rechercher.

 

Ta question à moi : Dans quelle galère t’es-tu fourré ?

Ma réponse : J’avoue tout !! J’ai pas réfléchi… (ce qui m’arrive assez souvent).

 

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