Le monde de l’édition 1 – Que faire de mon manuscrit ?

Dans ma grande bonté, j’ai décidé d’écrire quelques billets rapides sur le monde de l’édition et la quête d’un éditeur (vaste sujet). J’aurais pu écrire sur la quête de l’amour qui est un sujet encore plus vaste, mais je ne suis pas sûr que cela vous passionne (ajouté au fait que je ne suis pas le plus grand quêteur de l’histoire, ma technique c’est plutôt la passivité attentive si vous voyez ce que je veux dire (si ça peut tomber tout cuit, c’est ça de gagné question énergie (et pour supporter une femme il en faut de l’énergie))).

 

Bref, voici le premier article (et pas le dernier).

 

Le premier qui me dit « C’est gonflé de la part d’un auteur pas édité de parler du meilleur moyen de trouver un éditeur »… aura raison.

 

————————–

 

Cher lecteur, si tu as atterri ici, c’est que la recherche d’un éditeur t’interpelle, ou même que peut-être tu as toi-même écrit un manuscrit, et tu te demandes : et maintenant, comment que je fais ?

 

Bon ben on va dire que c’est le début des emmerdes, hein ?

Tu crois que t’es arrivé parce que t’as réussi à pondre 150 pages de probable daube (ce sont les statistiques qui parlent, pas moi (même si je le pense aussi)).

Crois-moi, écrire, c’est le plus facile.

 

Avant, t’étais peinard.

T’étais un loser, mais dans ton coin, tranquille, allongé sur une peau de bête devant le feu qui crépite et ton chat qui ronronne (si t’as pas de chat, va falloir en acheter un, ça fait très écrivain (un peu comme l’écharpe blanche et l’haleine de poivrot)).

 

Là maintenant, tu vas être jugé (enfin, ton « œuvre » va l’être). Bon, déjà, réglons un point. C’est pas une « œuvre », hein ? Ou alors, juste entre guillemets. Des mecs qui se prennent pour le futur Goncourt, y’en pleins les rues (et même les avenues et les boulevards). Donc, pour l’instant, t’as rien que quelques photocopies sans aucune valeur marchande (et l’éditeur est pas là pour faire dans le social, il est là pour faire du blé, du flouze, du cash, pour se payer un écran plat, pour acheter un bijou à sa poule ou la botoxer suivant son âge, pour aller skier à Courchevel, que sais-je encore).

 

Le but, ça va donc être de faire croire à quelqu’un (qui en a vu d’autres) que ton paquet de signes vaut quelque chose. Et ça, mon pote, c’est pas gagné.

 

J’accueille ce matin, un certain J-F (qui préfère rester anonyme, comme on le comprend) et qui me pose les questions suivantes, ce qui va m’aider à structure un peu ce bordel, bordel.

 

Vaut-il mieux envoyer le manuscrit par la poste ou l’amener directement chez l’éditeur ?

Alors, déjà tu vas apprendre à parler français (« vaut-il mieux », c’est vraiment très moche). Donc, ton manuscrit, tu vas me le relire illico-presto. Chaque faute d’orthographe ou de grammaire t’éloigne un peu plus de la publication, sache-le. Ca paraît con, mais c’est tellement vrai. Ton manuscrit, il va d’abord être lu par un stagiaire payé des clopinettes, et à la première faute, il va rire, à la deuxième, il va passer au bouquin d’après (il aura pas une médaille à remonter un bouquin mal orthographié au comité de lecture, il va juste passer pour un con (et même pour un stagiaire, c’est grave (ils ont les mêmes problèmes que nous, les pauvres))).

D’ailleurs, petite astuce. Avant de relire sérieusement ton manuscrit, laisse-le reposer (deux ou trois semaines), puis imprime-le. Tu verras que tu trouveras toutes les fautes d’orthographe qui ne t’étaient pas apparues avant (ça marche, promis (surtout quand on est une quiche en orthographe)).

Deuxième petite astuce (je suis en forme moi ce soir !) : fais-le relire par quelqu’un d’autre. Ça paraît con dit comme ça, mais si tu savais le nombre d’ignorants qui envoient leur manuscrit sans l’avoir fait relire par quelqu’un d’autre, tu serais consterné.

Comment ? Tu ne l’as fait relire par personne (c’est marrant, je m’en doutais un peu…).

Pour revenir à ta question, et à part si tu habites dans le 6ème arrondissement, la poste me paraît pas mal (surtout que la vue des piles de manuscrit comme le tien qui s’entasse à l’accueil de Grasset risque de te déprimer sévèrement (quelle idée de l’amener chez Grasset aussi ? Tu te prends pour Marcel Proust ?)).

 

 

Faut-il adresser son manuscrit à quelqu’un en particulier ?

Et comment ! Chez certains éditeurs, ça t’évite parfois le passage par le stagiaire, donc y’a pas à tortiller comme on dit. Evidemment, essaye d’éviter d’envoyer une daube à un mec connu, la prochaine fois y’a un risque qu’il se rappelle de toi…

 

 

Ben oui, mais moi je connais personne…

Hé ben bravo (ceci dit, le contraire m’eut étonné). Tu n’as plus qu’à aller traîner sur Google et sur les forums d’auteur, tu verras que tu trouveras pleins de noms que tu pourras toujours prétendre connaître en écrivant ton courrier.

 

 

Un courrier, quel courrier ?

Mais le courrier d’accompagnement de ton manuscrit pardi ! Déjà qu’un manuscrit c’est une bouteille à la mer, si en plus t’essayes pas de vendre ta sauce, ta bouteille elle va naviguer sans jamais arriver à destination… Le courrier : simple, direct, humble, et quelques infos sur toi. Eventuellement, un synopsis (humble, modeste) en ligne avec ton type d’écriture (inutile d’essayer de faire de l’humour si c’est un bouquin sur la Shoah, tu vois ? L’inverse est vrai aussi d’ailleurs (même si c’est plus dur de parler de Shoah dans une lettre d’accompagnement, ok tu marques un point)).

J’ai dit qu’il fallait que tu sois humble ?

 

 

Combien de temps ils mettent pour répondre ?

Petite anecdote. J’ai reçu il y a quelques jours une lettre de JC Lattès, 9 mois après l’envoi d’un manuscrit (9 mois !). Cette attente n’a accouché que d’une lettre de refus (sympathique, mais de refus tout de même), mais ceci illustre bien le problème. Les éditeurs reçoivent des tonnes de manuscrits. Un directeur littéraire de chez Grasset ou Gallimard a plus de deux cent manuscrits de types qu’il connaît (qu’il connaît vraiment, hein ?) sur son bureau, donc tu vois le tableau. En général, plus ils répondent vite, moins c’est bon signe. En effet, les éditeurs fonctionnent par cercle concentrique : les stagiaires d’abord, puis des comités de lecture de plus en plus restreints, l’arbitrage final étant souvent laissé à une ou deux personnes. Et ça, mon pote, ça prend du temps (au moins 9 mois chez Lattès manifestement).

 

 

Si je n’ai pas de nouvelles, dois-je les relancer ?

Malheureux, surtout pas ! Tu veux passer pour un boulet ? Déjà que tu m’as pas l’air bien futé…

 

 

A quels éditeurs dois-je envoyer mon manuscrit ?

C’est bien, c’est déjà une question plus intéressante. Le plus simple est de ‘cibler’ un minimum, sinon tu vas claquer tous tes droits d’auteurs (ceux que tu recevras peut-être un jour) chez Copy-top. Imprimes-en dix. Cible dix gros qui pourraient être intéressés. Après trois mois, quand t’auras toutes tes lettres de refus, tu descends d’un cran dans tes prétentions, et tu renvoies les dix à des éditeurs de taille moyenne (en enlevant les lettres de refus, c’est mieux), etc. Tu comprends le concept ? (c’est un peu long, mais plus efficace comme on dit).

 

 

Et si personne ne veut de mon manuscrit ?

Cela fera de toi un auteur pas très original (très peu de manuscrits de nouvel auteur sont acceptés chez une maison d’édition classique). Il ne te reste plus qu’à cibler les maisons d’édition régionales, ou éditer toi-même ton bouquin.

Petit conseil : fuis l’édition à compte d’auteur (je t’aurai prévenu).

 

 

Qu’est-ce qui te permet de donner des conseils, toi qui n’es rien ?

C’est pas faux. Mais, c’est justement dans l’adversité que tu apprends, et chaque coup dans la tronche te rapproche de la connaissance (à part quand tu fais du free fight, là ça te rapproche juste un peu plus de Jean-Claude Van Damme).

Mieux vaut un moins que rien qui donne des conseils que Houellebecq, non ? Il a du talent, lui.

Et donc, si tu comprends comment un nullos fait, ce sera moins loin de ta réalité (ceci dit sans vouloir te vexer).

 

Bon allez, J-F, tu me gonfles et j’ai du boulot (heureusement que je t’ai dit de pas faire ton boulet).

 

Je dois aller à la Poste (et y’a pas vraiment marqué la Poste sur ton front, si tu vois ce que je veux dire).

 

Ciao la compagnie.

 

Et surtout, restez humble (un peu comme moi, quoi).

 

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40 réponses à “Le monde de l’édition 1 – Que faire de mon manuscrit ?

  1. Top !!
    J’ai fait relire mon manuscrit par ma Mère, qui trop heureuse de la prose de sa fille, m’a dit « Ma Chérie » c’est formidable, « Ca vaut tous les autres bouquins sur le sujet » !! sauf que c’est pas ça que j’attendais !! je luis avais laissé un stabilo, des feuilles, des post it ! Rien de tout ça, elle a refermé le bouquin ! Donc NE JAMAIS FAIRE RELIRE SA PROSE PAR SA MERE !! 🙂

    donc j’ai fait partir mon manuscrit le 12 janvier ! … avec certainement quelques fautes que je n’avais pas vues …

    Merci de votre article, écrit avec beaucoup d’humour !!

    • @Tabary : il est absolument impératif de faire relire par quelqu’un qu’on ne connaît pas !!!! Personnellement, je drague dans les bras en disant que je suis écrivain, comme ça j’ai pleins de relectrices ! (l’utile à l’agréable, etc.)

  2. Bonjour,

    Très bon article, tout est si bien dit…
    Et pour la relecture, avant d’envoyer votre manuscrits aux maisons d’édition, cela devient de plus en plus vrai.
    Certaines maintenant ne prennent carrément plus les manuscrits qui ont des fautes.
    Pourquoi ? Gain de temps et de moyens, certaines n’ont même plus de directeurs d’ouvrages dans leurs rangs…

    Et c’est tellement dommage, du coup, de passer à côté de la parution d’un livre qui serait sans doute très bon !

    Ce n’est pas pour me faire de la publicité, d’ailleurs je ne mets aucun lien vers un site ou quoi que ce soit, mais c’est pour vous dire ce qu’est mon métier, et dire qu’il est utile : je suis écrivain public… donc je suis à même de relire et corriger les manuscrits, avant l’envoi aux maisons d’édition. De plus en plus de personnes passent par nous. Et on comprend de plus en plus pourquoi ! Je suis également directrice d’ouvrage dans une petite maison d’édition, jeune et dynamique, et croyez-moi ils nous donnent la consigne de renvoyer le manuscrit à l’auteur pour qu’il corrige ses fautes s’il y en a trop !

    Voilà pour cette partie… Pour le reste je ne me permets pas de donner conseils ou jugement, je ne suis pas éditeur, mais écrivain public, correcteur et biographe…

    Bon dimanche, cordialement.
    Céline Perrin.

  3. Moi j’suis seulement écrivain… Et encore ! Merci Jean Fabien pour cet article toujours aussi drôle !
    Encore que je ne sois pas d’accord pour l’haleine de poivrot ! Pour le chat, je dois être un très bon écrivain j’en ai plusieurs !
    à te lire,

  4. Sinon il y a des petites maisons qui acceptent l’envoi des manuscrits par e-mail… ça coûte moins cher… mais parfois même au bout de 2 ans on n’a toujours pas de réponses!

  5. Ah oui plus humain ! certes… mais on vous demande souvent, maintenant, de corriger vos fautes… avant de représenter votre copie !
    Oui c’est plus humain, c’est pourquoi je travaille chez eux…

    Bien à vous,
    Céline.

  6. Un grand moment !!!!! Je me suismis à ecrire il y a quelques temps et ces questions … elles viennent toutes !!!
    Bravo

  7. youpiiiiiiiiiiiiiiiiiiii a fonctionne !! bon alors juste te dire qu’éxpliquer ainsi ton article est absolument génial d’humour grinçant. continue 🙂 bisou

  8. Bonjour à tous,

    je m’incruste sur la pointe des pieds dans cette discussion pour amener mon point de vue, celui d’un éditeur à compte d’auteur (atypique). Avant de me lapider, laissez-moi vous donner quelques infos sur cette activité.

    D’abord, il est vrai que de nombreux éditeurs à compte d’auteur sont de vrais filous, qui flattent la vanité de l’auteur en lui faisant miroiter une distribution à grande échelle, des articles de presse, de nombreuses ventes, une reconnaissance critique, etc. L’idée est de pousser l’auteur à faire imprimer une grande quantité de livres avec l’argument suivant: ça fait baisser le prix à l’unité. C’est vrai, mais dans 99% des cas, l’auteur se retrouve avec des milliers d’exemplaires invendus et un gros trou dans le compte en banque.

    En quoi je me distingue des autres éditeurs à compte d’auteur? D’abord par l’honnêteté et la transparence (voir la page http://www.1001vies.ca/Valeurs.html sur mon site). Ensuite par le fait que je privilégie le court tirage (entre 50 et 200 exemplaires en général), en accord avec les objectifs de l’auteur et les perspectives réelles de vente. Enfin, je crois que mes tarifs ne sont pas très élevés.

    Et les petits plus: un service d’aide à la souscription pour les auteurs qui ne sont pas sûrs de leur coup, un service d’aide à la diffusion avec une page Internet pour chaque livre, un service personnalisé avec chaque auteur, une activité en France et au Québec.

    Je suis bien sûr à votre disposition pour plus de renseignements.

    Stéphane Batigne

  9. Eh oui d’accord sur le problème de la correction du manuscrit.
    J’ai relu plein de fois mon livre, l’ai fait lire par des amis… Chaque fois je trouvais des fautes. Puis je me suis résigné à envoyer mon fichier texte à un site spécialisé dans la correction de documents (Sus aux fautes. fr en l’occurrence, que je recommande plus que chaudement si vous cherchez un tel site). Et bien sûr… Quand j’ai récupéré la version corrigée, j’ai découvert pas moins de 1800 corrections (en 200 pages à peu près). Et ils m’ont dit que c’était moins que la moyenne !

  10. Pingback: L’édition littéraire | Jean-Fabien, auteur sans succès·

  11. J’adore ce blog ! Merci pour ces articles instructifs et drôles à la fois. Je voudrais juste réagir sur le sujet de l’orthographe : comme de nombreux auteurs, j’accorde un très grand soin aux miens et je passe beaucoup (beaucoup!) de temps en relecture. Pour moi, un manuscrit impeccable est un signe de respect. Pourtant, ces temps-ci, avec l’arrivée des auto édités et de certaines ME peu regardantes, on peut trouver des parutions dont la qualité est plus que discutable. Mais le pire, c’est que ces livres se vendent très bien ! Truffés de fautes, mal écrits, ils caracolent en tête des plateformes de vente.
    Naïvement peut-être, j’ai toujours pensé que n’importe quel lecteur amoureux des livres était par définition, exigeant sur le respect de la langue. Nous sommes quelques uns, auteurs et lecteurs, à nous inquiéter de cette tendance qui tend à ignorer de plus en plus les règles de l’écriture. Je sais que certains éditeurs reçoivent des lettres d’injures après avoir refusé un manuscrit truffé de fautes et écrit dans un français approximatif. Et l’argument de ces gens là est : on se fiche de l’orthographe, ce que le lecteur veut c’est une bonne histoire ( très subjectif). Tout ça décourage les auteurs, même les plus chevronnés, et leur donne souvent envie de tout arrêter quand ils voient certaines bouses devenir best sellers ( je ne citerai pas d’exemple, mais nous en avons tous en tête). L’arrivée du numérique et des plateformes d’auto édition a fait chuter le niveau. Tout le monde peut s’auto publier sur Amazon (par exemple), il n’y a pas de sélection. Ca donne un résultat parfois génial mais souvent catastrophique. Du coup, l’auto édition a très mauvaise presse. Donc, je résume : les grands éditeurs n’éditent plus d’inconnus, les petits n’ont pas les moyens de promouvoir les inconnus qu’ils publient et l’auto édition souffre d’une mauvaise image. Que reste-t-il à un auteur débutant ?

    • Oui, c’est une très bonne remarque.
      La raison principale pour nous de refuser des manuscrits avec des fautes est double :
      – S’assurer de ne pas prendre des manuscrits qui n’ont pas été relus
      – S’assurer que si on sélectionne un manuscrit, il y aura moins de fautes à corriger

      Concernant votre question finale, je pense qu’il reste le travail et la foi en ce qu’il écrit. Tous les grands auteurs ont été publiés après des années de galère, cela fait partie du chemin vers l’édition.

  12. j’ai tout lu et le constat est désespérant!… C’était pourtant une telle joie que d’écrire… Aujourd’hui je n’en ai même plus l’envie! Merde que tout cela!

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