Adios, Shéhérazade

Il est de ces moments mimétiques, de ces instants où l’on devine les planètes parfaitement alignées, où l’on se demande ce que l’on a bu la veille et qui expliquerait cette impression de déjà-vu.

 

Et pourtant, non. Je n’ai rien bu (enfin… si peu).

 

En lisant « Adios Schéhérazade » de Donald Westlake (un bouquin de 1970 quand même !), j’ai été pris d’une sensation étrange. Ce bouquin me parlait. Il me parlait comme lorsque l’on lit quelque chose qui vous touche profondément car on a déjà ressenti exactement la même chose ou que l’on a eu la même pensée fulgurante (et compte tenu du nombre de pensées fulgurantes qui s’égarent par mégarde dans mon cerveau, croyez-moi je m’en souviens !), comme si on était à un niveau supérieur de compréhension des mots qui s’accouplent (JCVD aurait sans doute utilisé le terme « aware »), des mots à peine espacés par quelque ponctuation devenue inutile, tant ils semblent tous aller si bien ensemble.

 

Donald Westlake est ce qu’on appelle un auteur prolifique (enfin, « était » puisqu’il est décédé en 2008), avec plus d’une centaine de titres à son actif (battu à plates coutures Jean-Fab’ : Lui >100, Toi = 0).

Dans sa production, il y a un peu de tout, du polar humoristique jusqu’à la science-fiction, en passant par ce truc que je viens de finir et qui est entre mes mains.

 

Comment expliquer ce qu’est ce bouquin ?

 

Il s’agit de plusieurs histoires imbriquées dans une mise en abîme vertigineuse (comme disent les grands chroniqueurs, ce qui signifie à peu de choses près que ce bouquin raconte les errances d’un auteur qui se paluche de manière métaphysique sur sa vie), le point de départ étant un auteur de pornos (ou plutôt un nègre pour être plus précis, car il écrit pour un autre) qui doit rendre sa copie et qui se retrouve en panne sèche de créativité (la panne, un thème récurrent du sexe, mais pas du porno, c’est donc j’imagine la première transgression).

 

Disons que c’est un mélange. Un mélange de journal introspectif, de roman (et dont l’histoire serait : la vie part d’un auteur qui part en vrille façon kamikaze), un fatras d’aller-retours entre la vie réelle puis fantasmée de l’écrivain et de ses personnages, au point que l’on ne sait plus très bien où commence et où s’arrête sa réalité. Paul ou Edwin a de sérieux problèmes avec Beth ou Betsy, et c’est totalement hilarant, complètement iconoclaste, furieusement moderne (comme diraient les mêmes grands chroniqueurs que tout à l’heure (que l’on appelle Groniqueurs dans le porno (*)).

 

Dans les années 70, c’était déjà visiblement super « hype » de se prendre la tête sur le syndrome de la page blanche et de partir en cacahuètes sur des pages et des pages. La différence ici, c’est que c’est totalement farfelu, plein de second degré, d’autodérision et de cynisme. Bref, brillant.

 

Tous les ingrédients d’un grand roman, bizarre et fulgurant, sont là, et le personnage principale est un loser magnifique et rebelle, un être balloté et qui dit « merde », en ayant sans doute marre d’être habitué à ses erreurs.

 

Elle est un peu bizarre ma dernière phrase, non ? (pas celle-là, l’autre).

 

——–

 

(*) un blâme Jean-Fab’, que je ne t’y reprenne pas.

 

 

 

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