« Une histoire à tenir debout »

L’actualité littéraire est à Jean-Fabien ce que les Moukraines à la glaviouse sont a l’équipage du Libérator : un vomitif efficace (et je parle de moi à la 3ème personne s’il veut !).

C’est pourquoi aujourd’hui, je vous parlerai non pas du dernier livre à la mode (j’aurais de toute manière bien du mal à savoir lequel parcourir), mais d’un bouquin sorti il y a maintenant un certain temps (voire plus, je me demande même si l’on est pas loin de l’anniversaire de sa sortie), et qui n’a pas reçu l’écho qu’il mérite (je n’oserais pas parler de boycott de la presse, pour cela il eut fallu que je la lise).

C’est qu’il m’arrive de vivre dans le passé (niveau cinéma, j’en suis resté à « Greystoke, la légende de Tarzan » (Christophe Lambert ne s’était même pas encore tapé Sophie Marceau, il préférait Jane à l’époque)).
Hé bien oui, je suis du genre à avoir une TV à tube cathodique, un portable 2ème génération, ne pas savoir que Starck a désigné la nouvelle Freebox (quelle révolution), à lire Le Monde d’hier soir.

En gros, je vis comme vous viviez il y a 10 ans. Mais n’étiez-vous pas plus heureux bande de geeks ? A quoi bon être à la pointe (si ce n’est pour être plus pauvre) ?

Pas grand monde n’a évoqué ce bouquin, c’est donc clairement une mission pour Jean-Fabien (et voilà que ce truc de 3ème personne le reprend, quelle angoisse).

Soyons clairs dès le début (même si on est déjà à la 15ème ligne), c’est une sorte d’OLNI (Objet Littéraire non Identifié) comme on dit.

Je ne suis pas assez qualifié pour dire dans quelle catégorie ça se range, mais a priori ça tient sur mon étagère donc c’est bien un livre.

« Une histoire à tenir debout » est l’histoire de Rémy, atteint d’une maladie rare et dégénérative, et de son combat pour mourir, car c’est le choix qu’il a fait. Cette histoire est contée par sa mère, Régine, biologiste de métier.

Cela pourrait être un bouquin aride et triste, à déconseiller à des hypocondriaques de mon genre (le genre à attraper le virus Ebola rien qu’en regardant le magazine de la santé), mais c’est en fait drôle et pleins d’émotions, sans que cela tombe dans le pathos ou la guimauve (qui ne vaut pas mieux que les moukraines si vous voulez mon avis).

La 1ère chose qui frappe quand on lit « Une histoire à tenir debout », c’est le style que Régine déploie pour nous raconter son histoire et celle de sa famille. L’expression prendre sa plume prend ici tout son sens, tant son écriture est légère.

Le livre parle de tous les petits combats à mener, des gens qui s’enfuient devant le malheur qui frappe cette famille (un peu comme les gens s’écartent des SDF dans la rue, ce qui a le don de choquer ma fille, elle qui veut accueillir tout le monde à la maison (allez-y, c’est Papa qui régale !)), des murs auxquels on se heurte (le corporatisme des médecins en prendra un coup), des signes que le ciel s’évertue à envoyer sous forme d’averses répétées quand Régine et Rémy se rendent à l’hôpital pédiatrique, et systématiquement, la même force de vie qui se dégage du jeune héros (Il pleut ? Génial, c’est la fête à la grenouille !). Plus le sort s’acharne, et plus il semble en ressortir grandi (et nous avec).

Pour être tout à fait honnête, je sortais d’un bouquin assez rude à lire (même si très bien, je vous le conseille aussi, ça s’appelle « Le livre de Dave » de Will Self, rien à voir, mais alors rien du tout), et j’ai lu celui-là d’une traite, sans m’arrêter (juste pour dormir 6 heures).

C’est assez rare que je me retrouve happé dès le début d’une histoire comme ça (j’ai souvent un mal de chien à rentrer dans un livre), ce roman possède une force narrative bien à lui, et même si l’on connaît malheureusement la fin inéluctable, c’est bien l’espoir qui jaillit de toutes les pages, porté par la sagesse sans limite d’un Yoda âgé de quelques années seulement. Car Rémy était la sagesse même, le genre qui force le respect, le genre que l’on apprend à ses parents (soyons clairs, les parents sont rarement sages).

Ce livre, c’est avant tout une histoire magnifique, l’histoire d’un gamin qui traverse la vie, animé par la force qui soulève les montagnes, mais ne permet pas de tenir un stylo correctement pour écrire ou fixer un point sans le voir se dédoubler.

Ce livre est aussi un formidable hymne à la différence, la différence qui nous grandit et qui rapproche les êtres, du vieux grincheux au regard de batracien, au professeur de français, en passant par la première de la classe un peu myope.

Je pense qu’il est à peu près clair pour vous à ce stade que j’ai aimé ce livre. Il me rappelle en tout cas de ne jamais me remettre à l’actualité littéraire…

Il me rappelle aussi la nécessité du combat contre ce qui doit être, la nécessité du libre arbitre.

C’est un peu la force ultime d’ « une histoire à tenir debout » : il nous transmet un peu de liberté.

Me voilà bien sérieux tout à coup, je ne sais pas si c’est vraiment la conclusion à laquelle je souhaitais arriver. J’en trouve pas d’autre.

Bonne lecture (voilà, c’est mieux).

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« Une histoire à tenir debout », Régine Salvat aux Editions JC Lattès

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