Interview de Grégoire Delacourt

Auteur de « L’écrivain de la famille », JC. Lattès 2011

Après un ours et un breton, je m’attaque aujourd’hui à un publicitaire. Il faut croire que j’aime les espèces menacées.

Soyons clairs, je me sens plus proche de « Stop pub » que de la manipulation des masses, mais s’il faut en passer par là pour comprendre comment pénétrer dans l’univers de l’édition, je suis prêt à tous les renoncements, à toutes les bassesses, à toutes les compromissions. Et puis, la publicité est souvent un système de recyclage plutôt efficace pour les écrivains ratés. Ainsi, si je ne sors jamais de bouquin (ce que je me sens assez capable de réussir), Grégoire aura peut-être des tuyaux à me filer pour trouver un job (j’ai quand même un abonnement Free à payer bordel).

Bon, accessoirement, Grégoire Delacourt est un être charmant et un auteur de talent, ce qui ne gâche rien (même si c’est un peu surprenant pour un publicitaire).

***

1) Salut Grégoire, comment passe t’on de la pub à la littérature ?

Salut Jean-Fabien. On ne passe pas de l’un à l’autre. On tombe dans la pub, on plonge dans la littérature. Dans un cas comme dans l’autre, c’est très difficile de refaire surface.

 

2) Ton roman « L’écrivain de la famille » ressemble à s’y méprendre au roman d’une vie. Y’a-t-il une large part autobiographique dans ce roman ? (si la réponse est : vachement beaucoup, je trouve qu’il se passe pas mal de choses dans ta vie, tu dois pas t’ennuyer)

Il y a un dessin de Sempé qui montre une pierre tombale. On peut y lire Paul Duchemin (je ne suis pas sûr du nom), 1935-1989 (je ne suis pas sûr des dates) et une épitaphe : Fin de la première partie (ça j’en suis sûr). L’Ecrivain de la Famille, c’est cette première partie.

Il y a des choses autobiographiques, des choses embellies, enlaidies et beaucoup de fiction.

 

3) La famille est à la mode en ce moment en littérature (même Télérama le dit, c’est que ça doit être vrai), penses-tu que cela soit dans l’air du temps ou vois-tu une autre raison à ce foisonnement actuel ?

Je ne sais pas. La famille a toujours été un sujet important pour les écrivains ; il y a tellement de comptes à régler. Souviens-toi de Vipère au Poing de Bazin (1948), déjà.

Ceci dit, je ne crois pas qu’on écrive sur des sujets à la mode. On travaille sur quelque chose qui, s’il ne sortait pas, nous consumerait. Et la famille est un formidable lieu d’incandescence.

 

4) On entend souvent qu’il est difficile d’être édité pour un nouvel auteur sans être introduit. Est-ce que ta profession t’a aidé à avoir des contacts ? (si tu as dû coucher pour y arriver, c’est maintenant que tu dois le dire)

C’est Coluche qui disait : « Pour faire du cinéma faut coucher, moi je veux bien ».

Moi, j’ai été introduit, nuance.

C’est l’admirable Jean-Louis Fournier (à qui j’avais envoyé mon texte) qui l’a trouvé épatant et l’a recommandé auprès d’un éditeur.

Et non, ma profession ne m’a pas aidé ; on n’aide pas trop les publicitaires en général.

 

5) Quels seraient tes conseils à un jeune écrivain pour être édité ? (à part écrire un livre sans faute d’orthographe)

Ecrire un bon livre, même si c’est une lapalissade (sans faute d’orthographe, c’est hyper important) ; c’est à dire une bonne histoire bien écrite. Un truc qui touche, qui s’insinue, qu’on ferme à regret.

Faire une jolie lettre à l’éditeur, surtout sans utiliser la formule « J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire mon livre que j’en ai pris à l’écrire ».

Etre modeste ; c’est à dire ne jamais considérer qu’on a écrit un chef d’œuvre (même si c’en est un).

Etre lucide ; c’est à dire ne pas se penser un génie incompris si vingt éditeurs refusent votre bouquin. Trois ou quatre cons, ça se trouve, mais vingt d’un coup, c’est plus rare.

 

6) Ton écriture est très originale et mélange souvent le comique et le plus tragique,  est-ce volontaire et comment procèdes-tu pour écrire ?

Merci (pour « très originale »). Oui (à la question « est-ce volontaire ? ») et pour le procédé, je commence par m’asseoir.

Puis je fais des lignes avec des mots. Et comme je suis du genre qui peut s’ennuyer, je fais alterner les choses, comme dans la vie. Je rythme. Chaud/froid. Sucré/salé. Amour/haine. Rire/larmes. J’aime bien. C’est comme au Guignol quand j’étais petit. On riait parce qu’on avait eu peur. On pleurait parce qu’on avait ri juste avant.


7) Lis-tu beaucoup ?

Oui.

 

8) Que lis-tu en ce moment ?

Le mode d’emploi du GPS qu’on m’a offert à Noël, « Les Revenants » de Laura Kasischke, « Une seconde après » de William R. Forstchen (j’adore le R entre William et Forschten, Raoul ? Raymond ? Rigobert ?) et « Les trois lumières » de Claire Keegan.


9) Quels romans t’ont particulièrement inspiré ?

La Bible, La comtesse de Cagliostro (Maurice Leblanc), Les Saisons (Maurice Pons), Blonde (Joyce Carol Oates), la trilogie de Pagnol, Tralala et Le démon (Selby Jr.).


10) Quelle est la question la plus con qu’on t’ait jamais posée en interview (mise à part celle-là) ?

Est-ce que Annie Vachon existe ?

 

11) Quelle est la question la moins con qu’on t’ait jamais posée (idem, même s’il y a quand même peu de risques) ?

Est-ce que Annie Vachon existe ?


12) Depuis que tu es écrivain, est-ce que ta vie a beaucoup changé ? (tu remarqueras que j’ai habilement posé cette question après la question 10)

J’ai découvert l’excitation et l’épuisement des salons du livre, la difficulté d’en vendre un, puis deux, puis dix (quand on n’est pas une vedette de la télé avec gueule hilare, bronzage permanent), le train du cholestérol (c’est le train qui emmène les auteurs au salon de Brive, dans lequel, dès dix heures trente on vous sert des petites liqueurs, des vins fins, du foie gras et autres gouleyantes calories), j’ai rencontré des auteurs formidables, des lecteurs émouvants, des libraires enthousiastes, quelques allumés mais non, ça n’a pas beaucoup changé ma vie.

En fait si.

Ca me rend profondément heureux.


13) Est- il vrai que les écrivains boivent beaucoup ?

Oui. Et ils ont tous des cheveux longs avec queue de cheval, un chapeau qui sent la biquette, un pull en laine col roulé et une veste en velours côtelé, couleur vieil or, rapiécée aux coudes.


14) T’a-t-on demandé de faire la pub de ton bouquin ?

Non. Mais oui si tu considères une interview comme de la pub.


15) Quelle est ton actualité ? Travailles-tu sur un nouveau roman

Mon deuxième roman sort le 1er février chez Lattès, « La liste de mes envies ». Très bon. Pas cher. Sans faute d’orthographe. (C’est de la pub, voir question ci-dessus).


16) Comme les questions deviennent de pire en pire, je te laisse libre pour la dernière question de te poser la question que tu souhaites et d’y répondre.

Quelle question doit-on poser pour que je puisse répondre « quand je l’aurais fourrée au boudin » ?

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