Chap. 7 – Le charme de l’écriture (partie 2)

Impossible de quitter ce costume d’écrivain (pas le vert de l’académie, pour ça on attendra). Cette nouvelle condition m’obsède, je n’arrête pas d’y penser, et surtout à la manière de le présenter (les présentations, c’est important !).

Etre écrivain, c’est avant tout un état d’esprit. C’est avoir la conviction de son utilité, vouloir partager avec ses contemporains et les générations futures ses pensées, ses sentiments, ses ressentis.

J’ai toujours été fasciné par l’effet que procure la rencontre avec un artiste. Je ne parle bien sûr pas de l’artiste de renommée internationale à côté de qui on se retrouve assis au restau, et qui ne cache pas sa lassitude de ne pouvoir disposer de quelques instants tranquilles. Non, je fais référence à cette aura, à ce magnétisme que dégage le créatif, aussi insignifiant soit-il sur l’échelle du prix littéraire.

Avant, en soirée, je me présentais ainsi :

–          Bonsoir (oui, on est en soirée), Jean-Fabien, Chef de projet

En insistant bien sur le chef, plus explicite que le projet qui peut signifier à peu près tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi à vrai dire). Alors que chef, ça interpelle, ça sonne comme chef de rayon, ou chef de gare. Ca inspire le respect teinté de méfiance, voire de crainte. Il y a là-dedans du caporal-chef, de l’autorité et de la compétence. Mais bon, comme à peu près tout le monde se présente comme chef de quelque chose ou responsable du reste, ce n’est cependant pas discriminant.

Depuis que j’ai découvert (dans la partie 1 pour ceux qui suivent) le potentiel érotique de l’écrivain, je sais que je veux devenir écrivain, et donc, l’honnêteté réclame que je me présente comme tel. Cela me ferait trop mal de mentir à une femme (d’autant plus qu’elle le sentirait, elles qui sont dotées de pouvoirs aussi inutiles qu’irritants (repérer une tâche de gras sur une chemise fraîchement achetée, sentir le parfum de ta secrétaire sur ta peau, se rappeler une promesse faite il y a 2 ans, trois mois, cinq jours, trois heures, deux minutes et quinze secondes)).

Désormais, lorsqu’une femme s’approche et me demande :

–          Et toi tu fais quoi dans la vie ?

Je décoche, l’air détaché, un ultime :

–          Euh, moi ? J’écris…

S’ensuit un silence religieux. Je sens mon auditoire réfléchir, je perçois le grincement de leurs neurones.

–          Tu écris ???

Sous entendu : “tu es greffier ? Journaliste ? Critique de cinéma ?”. Un peu comme quelqu’un qui se présente comme peintre avec ma gueule, tu l’imagines peintre en bâtiment (va falloir que je pense à m’épiler moi).

–          Oui, en ce moment, j’écris un roman (c’est important de revenir à l’instant présent, ça donne du corps au personnage, ça déconceptualise).

Le mot magique est lâché. Regard aiguisé des femmes qui, tout à coup, me perçoivent différemment (hé oui, la beauté n’a jamais été dans la chose regardée (heureusement), mais bien dans le regard qui lui est porté (JF : 1er Prix de psychologie appliquée)). Attitude de repli générale de la gente masculine qui se rend. Bref, ma minute de gloire. Mais dans ce métier (je débute, dois-je le rappeler ?), le plus dur c’est de durer. Fixons la barre à quinze minutes, pour commencer.

A partir de là, s’en suit l’éternelle question.

–          Et tu écris quoi ? Tu as écrit combien de livres? (l’unité chez l’écrivain c’est le livre, un peu comme l’unité pour Alesi c’est le nombre de voitures détruites).

Répondons tout de suite à la seconde question : Je suis en train d’écrire mon premier roman. Alors, euh… (va falloir travailler le synopsis mon p’tit Jean-Fabien, je te sens un peu mou dans l’attaque), c’est l’histoire d’un quadra, ça parle des relations avec les femmes.

Et là, systématiquement, l’incroyable se produit. Tout de suite on m’assimile au héros. Incroyable (je vénère le Dieu qui a créé l’imaginaire féminin). Imagine qu’on confonde Magritte et sa pipe, ou Maillol à une femme nue du jardin des tuileries.

A ce stade il me faut en dire un peu plus sur mon personnage (de roman). Et plus je souligne la différence entre moi et mon héros, plus on me reproche à la fois :

–          de ne pas assumer

–          de m’enfoncer en me défendant

–          d’être un être sans scrupule (ben oui, mon personnage de roman n’est pas un saint (en tout cas, celui que j’imagine))

Tout ceci permettant d’asseoir un peu plus encore ma stature d’homme de lettres, indifférent à l’effet que son œuvre procure. Il travaille avant tout pour lui. Si cela plaît tant mieux. Sinon, tant pis.

Les auditrices (futures lectrices à n’en point douter) se séparent en deux camps. Celles qui fantasment, et espère bien que je sois ce que je prétends ne pas être. Celles qui sont choquées et ne se privent pas de me dire ce qu’elles pensent. Attention au piège, les deux catégories ne s’excluent pas mutuellement. Quant aux auditeurs, ils sont partis, vaincus, depuis longtemps. Mais je m’en fiche, j’ai tenu quinze minutes.

Je te laisse cher lecteur, je m’en vais acheter deux rames de papier.

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