Chap. 6 – Le charme de l’écriture (partie 1)

Hier soir, j’ai (re)découvert pourquoi j’ai toujours rêvé d’être écrivain.

C’est pas compliqué en fait. Même toi, tu peux comprendre.

J’étais de sortie, comme d’hab’ tranquille (je me prenais à peu près une veste par minute, rien de méchant). Et là, la révélation, l’inspiration fulgurante, le saut quantique, l’Eureka. Je me suis dit : « Mais enfin, tu veux être écrivain,  commence par te comporter comme un écrivain ».

Comme ça. Il paraît que pour être écrivain, il faut être inspiré. Compte-tenu de l’éclair de génie (que dis-je de lucidité) qui venait de me traverser la tête (de gauche à droite, faut dire qu’il y a de la place), inutile de dire qu’il s’agissait de la preuve la plus flagrante depuis au moins plusieurs heures que je suis un auteur qui s’ignore.

Inutile de dire non plus que ma vie a changé à cet instant. Comme une sorte de pub pour le rasage avant / après mais sans l’odeur de lavande.

A partir du moment où je me suis comporté en Ecrivain, j’ai eu un succès fou (euh, pas comme écrivain, je n’ai pas encore de livre en tête de gondole de toutes les librairies de Paris). Je passais de l’ombre à la lumière, mon côté introverti en devenait mystérieux, mon air ahuri semblait inspiration. J’étais un nouveau JF (sans barbe). Ha, perception quand tu nous tiens (par la barbichette).

Dès qu’une fille me parlait, invariablement elle en arrivait à me demander quel était mon métier (sous-entendu « combien tu gagnes ? ») et là *Pan* : « je suis écrivain ». Ca sortait tout seul comme un étron après deux semaines de régime indonésien.

Pour décrire l’effet obtenu (de dire « je suis écrivain », pas celui de l’étron), je mettrais ça à peu près à égalité avec « Je suis trader à la city » (avant la crise) ou au pire « J’ai hérité des millions de mon oncle qui vient de passer sous un bus avant-hier », sans l’aspect tragique de la mort d’un proche (même si c’est pas mal de provoquer un peu de compassion dans une tentative d’approche).

Et le plus drôle c’est quand tu dis que tu cherches des relecteurs, ou relectrices allez soyons pas sexistes (ça m’est venu comme ça aussi, une deuxième inspiration). Alors là, ça se bouscule au portillon. Hier, j’en étais pas à refuser du monde et aujourd’hui il faut prendre un ticket comme à la sécu.

Evidemment, ça commence à se gâter quand arrive le moment de présenter le manuscrit à relire, mais bon on peut pas penser à tout non plus. Faudrait pas voir non plus à faire dans le sournois, genre le mec qui a tout prévu. J’ai dit que j’étais inspiré, pas machiavélique.

Ha la la, il faut vraiment que je commence ce bouquin moi, je sens qu’il y a un potentiel énorme là-dedans (pas en ventes de livres tu l’auras compris (mais n’est-ce pas un détail accessoire ?)).

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