Chap. 5 – Ce matin, j’ai peur

Ce matin, j’ai lu dans Libération (hé oui, je ne suis pas seulement écrivain, il m’arrive de lire à mes heures perdues (au boulot quoi)) qu’une femme a gagné un procès contre son mari. Elle a gagné 10 000 Euros parce que son mari ne lui avait pas fait l’amour pendant 10 ans (je me demande quand même comment ils ont établi la chronologie exacte, ont-ils fait une datation au carbone 14 de ses organes génitaux ?).

Vous allez me dire, c’est pas cher payé (moins de un centime la seconde de séparation de corps si mes calculs sont exacts (inutile de dire que certains d’entre nous seraient capables de débourser (façon de parler) beaucoup plus pour être peinard cinq secondes)).

Je vous dirais qu’étant donné qu’on n’a pas vu la gueule du délit, il est difficile de se prononcer sur la valeur exacte du préjudice (par exemple, ne pas faire l’amour à Megan Fox vaudrait sans doute la prison à vie (voire la peine de mort dans les Etats où cela est encore autorisé, et franchement ça serait mérité), mais ne pas faire l’amour à Marine Le Pen mériterait plutôt la béatification).

Mais là n’est pas le problème.

N’allez pas non plus vous imaginer que je n’honore pas ma femme (de toute façon, si je ne le fais pas moi-même, d’autres s’en chargeront j’en suis sûr).

Mon problème est plus grave (et il n’y a pas de pilule miracle pour ce problème-là).

Imaginez que mes lecteurs se retournent contre moi car je n’écris pas.

Combien seraient-ils capables de me réclamer ?

Moi, cela ne fait pas 10 ans que je ne produis rien. Je n’ai JAMAIS rien produit.

Cela fait 37 ans que je ressens l’inspiration d’une éponge après l’essorage.

Evidemment, vous allez me dire : « comment vos lecteurs pourraient se retourner contre vous puisque vous n’avez rien écrit (et pour avoir des lecteurs, il faut bien avoir écrit) ».

Je note là votre esprit tordu. Sachez que même si je n’écris rien, j’ai un contrat moral implicite avec mes (futurs) lecteurs : je vais écrire (un jour, j’attends juste que l’alignement des planètes soit correct, et croyez-moi ça arrive pas aussi souvent que la facture du Gaz).

Donc, ils m’attendent au tournant.

Et si…

Et si, je n’écrivais jamais.

Si aucune ligne ne sortait jamais de mon clavier. Si mon éponge restait aussi sèche que les pieds d’un participant au marathon des sables, mes pages aussi vides que le cerveau de Xavier Bertrand ?

Je suis dans une sacrée merde.

(La gravité de la situation impose une certaine vulgarité, vous m’en voyez navré).

Bon, je vous laisse, je vais me chercher un avocat.

Alors, « 118 218 ».

J’espère que je vais tomber sur le petit frisé à moustache, il m’a l’air efficace celui-là.

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