Chap. 4 – Ma première interview

Cela n’a pas tardé. La nouvelle de ma naissance en tant qu’écrivain s’est répandue dans les rues du 6ème arrondissement comme les gênes (et les germes) de mon ancien chef chez les assistantes de direction.

Et cette naissance, c’est pas de la tarte.

Etre artiste, c’est accepter d’avoir pour terrain de jeu le festival de Cannes, le salon du livre de Francfort, se retrouver à Saint-Trop’ l’été, Courchevel l’hiver.

Etre écrivain, c’est aussi faire partie du cercle restreint et tant convoité d’artistes germano-pratins, où la camaraderie est de mise, le renvoi d’ascenseur la règle. C’est aussi accepter de se faire juger par ses pairs.

C’est donc tout naturellement que lorsque Philippe Jaenada m’a proposé de m’interviewer moi, petit écrivaillon, j’ai du accepter, coincé que j’étais. Un refus aurait été considéré comme une insulte, pire une déclaration de guerre, le rejet de ma nouvelle condition.

Philippe et moi (on se tutoie dans ce milieu, on s’appelle par nos prénoms) avons rendez-vous  au café de Flore (quel autre endroit aurait pu accueillir une telle entrevue ?).

J’image mon Philippe un peu ému à l’idée de l’interview. Un peu inquiet aussi, comment ne pas avoir le trac avant l’interview d’un jeune talent ? Moi je sais tout de lui, j’ai vu des photos dans Elle (sans parler de celles dans Lui) et je me sens donc  capable de le reconnaître. Mais lui, il n’a rien sur moi. Ca ressemble carrément à un premier rencart.

Il arrive, ponctuel (normal ce soir la star, celui qui se fait désirer, c’est moi).

Je le vois sourire, il m’a reconnu au premier coup d’œil (ce mec là a du être détective dans une vie antérieure).

Poignée de main virile, on s’assoit. Il a l’air concentré, on sent qu’il a préparé cette interview avec la patience et la minutie de Johnatan Quayle Higgins III reproduisant le pont de la rivière Kwaï.

Je sens immédiatement une connivence entre nous (ben oui, cette fameuse communion d’esprit entre artistes)  qui se transformera vite en tension érotique (façon Ringo et Sheila) si je n’y prends pas garde. Cet ours a plus d’une griffe à sa patte (ce qui est le cas de la plupart des ours, je dois donc doublement me méfier).
Si tu n’avais pas été écrivain, qu’aurais tu fait ?

(Mais où va-t-il chercher ces questions ? Qu’est ce que j’en sais moi…)

Depuis toujours, je sais que je finirai écrivain (de talent) : Depuis tout petit, mes maitresses (d’école) adoraient mes rédactions, j’écrivais des poèmes d’amour aux filles de la classe pour mes camarades plus beaux que moi mais moins doués avec leur plume. De toute manière, je n’ai jamais rien su faire d’autre, alors je me suis dis, quitte à être fainéant, autant faire un boulot où picoler faire partie du programme.

 

Le métier d’écrivain est assez merdique (pas de thunes, pleins de belles gonzesses qui te harcèlent, etc.), qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer ?

(Il ne serait pas en train de m’expliquer qu’il na pas les moyens de me payer un verre…)

L’argent n’a jamais été un problème pour moi, alors que les gonzesses… Clairement, j’ai trouvé ma voie ! C’est plus qu’une passion, c’est une nécessité !

 

On entend souvent qu’il est difficile d’être édité pour un nouvel auteur sans être introduit. Qu’en penses-tu ?

J’en dis que ça doit faire un peu mal, mais si on doit en passer par là… Je me suis souvent posé la question suivante : doit-on coucher pour réussir ou l’inverse ? Franchement, j’hésite.

 

Qu’est-ce que tu lis en ce moment ?

Hé bien (sans vouloir faire de lèche, même si je n’ai rien contre), je me mets à tes premiers bouquins que je n’avais pas lus : la grande à bouche molle, vie et mort de la jeune fille blonde. J’adore tes titres, faudra que tu m’expliques comment tu les trouves.

Sinon, je viens de finir « 150 questions sur l’édition », très instructif. Et puis je relis les trois premières pages de mon manuscrit, et ca c’est du boulot.

 

Tu as un style très particulier, travailles-tu ta « technique » d’écriture ou est-ce que cela vient naturellement ?

C’est gentil de t’en rendre compte (merde il a lu les 3 premières pages !), il est vrai que les fautes de grammaire donnent un côté un peu « travaillé », voire « over », à mon écriture, mais crois-moi c’est naturel. De toute manière, le talent sans technique n’est rien  qu’une sale manie.

Sinon, pour mon style, tout vient de l’émission « La mode, la mode, la mode » (que je te conseille, ceci dit sans vouloir te vexer).

 

Dans quelles conditions es-tu le plus à l’aise pour écrire ?

18°C, taux d’humidité 20% avec un peu de Mozart en fond, ou alors coincé entre deux banlieusards pas frais dans une rame de métro bondée. Je passe mon temps à écrire des conneries sur mon Blackberry, un peu partout. J’aime pondre dix pages d’un coup et après on trie (un peu comme des photos numériques pour quelqu’un qui n’a aucune notion de cadrage et d’éclairage : on en garde 1 sur 1000, mais on en est fier bordel).

 

Quelle est la question la plus con qu’on t’ait jamais posée (mise à part celle-là) ?

–         Non mais sérieux, Jean-Fabien, c’est ton vrai prénom ?

(Et là, tu te dis : tu sous-entends qu’il est moisi ? Tu as conscience que ma mère lit ce blog ? Oui, je sais que c’est pas bien de répondre à une question par une question).

 

Quelle est la question la moins con qu’on t’ait jamais posée (idem, même s’il y a quand même peu de risques) ?

Me voilà bien embêté, disons que je l’attends toujours.

 

Je te laisse libre pour la dernière question de me poser la question que tu souhaites.

–         Dis moi cher confrère, c’est ta première interview, je me trompe?

———————————————

Interview réalisée avec trucage et la complicité de Philippe Jaenada.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s